Le réveil des marques horlogères françaises
Baltic, Serica, Trilobe, Yema : une génération de maisons françaises a trouvé sa place entre le Swiss made industriel et la micro-marque anonyme.
Par La rédaction · Loc Ta Watch
L'essentiel
- Baltic fondée 2017 par Etienne Malec : synthèse esthétique années 1940-1960, mouvements japonais ou suisses, prix contenus, vente en ligne directe.
- Serica fondée 2019 par Jérôme Burgert et Gabriel Vachette : très peu de références entretenues, cadran laiton, exécution soignée.
- Trilobe fondée 2018 par Gautier Massonneau : affichage inédit sans aiguilles, trois disques concentriques tournants, mouvement micro-rotor spécifique.
- Yema résurrection marque 1948 Besançon : Superman 1963 lunette verrouillable, accompagna Jean-Loup Chrétien espace 1982, rapatrie assemblage Morteau, own calibre.
- Lip indissociable conflit social 1973 ouvriers reprise usine, revit rééditions années 1970, Mach 2000 Roger Tallon design audacieux majeur horlogerie.

La France a une histoire horlogère réelle — Besançon fut un centre de production majeur, Lip une marque nationale, Yema une exportatrice de premier plan. Cette industrie a été balayée par la crise du quartz plus violemment encore que la suisse.
Depuis une dizaine d'années, quelque chose est revenu.
Baltic
Fondée en 2017 par Etienne Malec, la marque naît d'un projet personnel : reprendre l'esthétique des montres des années 1940-1960 que collectionnait son père.
Le positionnement est net : dessin vintage rigoureux, mouvements japonais ou suisses éprouvés, prix contenus, vente en ligne directe. La Aquascaphe, montre de plongée sortie en 2019, a installé la marque durablement.
Baltic a démontré qu'on pouvait vendre plusieurs milliers de montres par an sans réseau de distribution.
Serica
Fondée en 2019 par Jérôme Burgert et Gabriel Vachette. Le parti pris est plus radical : très peu de références, entretenues sur la durée plutôt que renouvelées.
La 4512 est une montre de terrain dépouillée ; la 5303 une plongeuse ; la 8315 une chronomètre. Chaque modèle évolue par itérations lentes.
Serica travaille avec un cadran en laiton et une exécution soignée qui la place au-dessus du segment des micro-marques.
Trilobe
Fondée en 2018 par Gautier Massonneau, avec une ambition différente : proposer un affichage inédit.
Sur les modèles Trilobe, il n'y a pas d'aiguilles. Heures, minutes et secondes sont lues sur trois disques concentriques tournants, via un index fixe. Le mouvement à micro-rotor est développé spécifiquement.
C'est de la vraie création horlogère, à un tarif qui reste inférieur à celui des indépendants suisses comparables.
Yema
Le cas différent : Yema n'est pas une nouvelle marque mais une résurrection.
Fondée en 1948 à Besançon par Henry-Louis Belmont, la maison a produit la Superman (1963), montre de plongée à lunette verrouillable, et accompagné Jean-Loup Chrétien dans l'espace en 1982.
Relancée dans les années 2010, elle a rapatrié une partie de son assemblage à Morteau et développé son propre calibre. La démarche « Made in France » y est plus documentée que chez beaucoup.
Lip
Autre nom historique, autre trajectoire. Lip reste indissociable du conflit social de 1973, quand les ouvriers ont repris l'usine et vendu les montres eux-mêmes.
La marque vit aujourd'hui de rééditions de ses dessins des années 1970 — la Mach 2000 de Roger Tallon, notamment, qui reste l'un des designs horlogers les plus audacieux jamais commercialisés.
Ce que ce mouvement dit
Ces maisons partagent trois choses : la vente directe, qui supprime les marges de distribution ; des séries limitées par la trésorerie et non par le marketing ; et un discours de transparence sur l'origine réelle des composants.
Aucune ne prétend fabriquer tout en France. C'est précisément parce qu'elles ne le prétendent pas qu'on leur fait confiance.





