La NASA a torturé trois chronographes. Un seul a survécu
En 1964, la NASA achète discrètement des montres chez un détaillant de Houston et leur fait subir onze épreuves. Deux concurrentes rendent l'âme. La troisième ira sur la Lune.
Par La rédaction · Loc Ta Watch
L'essentiel
- En 1964, la NASA achète anonymement trois chronographes chez un détaillant de Houston pour tester en secret.
- L'agence soumet les candidats à onze épreuves extrêmes : chaleur, froid, vide, humidité, oxygène pur, chocs et vibrations.
- Seule l'Omega Speedmaster franchit l'intégralité des tests, malgré des écarts temporels en route.
- Le 1er mars 1965, la NASA l'homologue pour toutes les missions habitées.
- La Speedmaster reste inchangée depuis : remontage manuel et verre hésalite, car toute modification exigerait de refaire les onze tests de certification.

Le détail le plus savoureux de cette histoire est la manière dont elle commence : par un achat anonyme. En 1964, la NASA cherche un chronographe pour ses astronautes. Plutôt que de solliciter les marques — qui auraient évidemment envoyé leurs meilleurs exemplaires — l'agence envoie un employé acheter des montres du commerce chez un détaillant de Houston, sans dire qui il représente.
Les modèles retenus partent ensuite au laboratoire.
Onze épreuves
Le protocole n'a rien d'un contrôle qualité. Il s'agit de casser.
- Chaleur : 48 heures à 71 °C, puis 30 minutes à 93 °C
- Froid : 4 heures à −18 °C
- Vide : chauffage à 93 °C sous vide poussé
- Humidité : 250 heures entre 20 et 71 °C, humidité relative à 95 %
- Oxygène pur : atmosphère à 100 % d'oxygène pendant 48 heures
- Chocs : six chocs de 40 g, dans six directions
- Accélération : jusqu'à 16 g
- Dépression, surpression, vibrations, bruit à 130 décibels
Deux des trois candidates abandonnent en route. Verres déformés au point de se détacher, aiguilles tordues, arrêts francs. La Speedmaster termine la série. Elle a pris de l'avance, elle a pris du retard, mais elle a fonctionné.
1er mars 1965
La NASA la qualifie pour toutes les missions habitées. Ce n'est pas un contrat d'image : c'est une homologation d'équipement, au même titre qu'une combinaison.
Quatre ans plus tard, lors d'Apollo 11, Buzz Aldrin porte la sienne pendant la sortie extravéhiculaire. Neil Armstrong a laissé la sienne dans le module lunaire — l'horloge de bord était tombée en panne, et il fallait un chronomètre de secours à l'intérieur. La première montre à avoir marché sur la Lune est donc celle du deuxième homme.
Apollo 13
C'est en 1970 que l'objet cesse d'être un symbole pour redevenir un outil. Après l'explosion du réservoir d'oxygène, l'équipage coupe presque tout pour économiser l'énergie. Pour le dernier allumage de correction de trajectoire, il faut chronométrer quatorze secondes à la main. Jim Lovell pilote, Jack Swigert compte au poignet.
Ils rentrent vivants. La NASA décernera à Omega son Silver Snoopy Award.
Pourquoi elle n'a pas changé
La Speedmaster Professional est toujours à remontage manuel, toujours équipée d'un verre en hésalite sur sa version historique. Ce n'est pas de la nostalgie commerciale : c'est la définition même de la pièce certifiée. Le plexiglas a d'ailleurs un avantage concret en cabine — s'il casse, il se fend sans projeter d'éclats.
Modifier la montre reviendrait à devoir refaire passer les onze tests.




