1969 : la course au premier chronographe automatique
Zenith, le consortium Heuer-Breitling et Seiko ont sorti la même innovation la même année. Savoir qui fut premier dépend de ce qu'on décide de compter.
Par La rédaction · Loc Ta Watch
L'essentiel
- Zenith présente l'El Primero (calibre 3019 PHC) le 10 janvier 1969, premier chronographe automatique intégré avec fréquence 5 Hz mesurant le dixième de seconde.
- Heuer, Breitling, Büren et Dubois Dépraz annoncent le Chronomatic (calibre 11) le 3 mars 1969, mouvement automatique avec module chronographe greffe; sa couronne à gauche devient l'identité de la Heuer Monaco.
- Seiko commercialise le calibre 6139 au Japon dès le printemps 1969, effectivement disponible en boutique quand les autres sont en annonce.
- La question du premier n'a pas de réponse unique: Zenith en annonce, le consortium en conférence coordonnée, Seiko en disponibilité réelle.
- Charles Vermot, chef d'atelier au Locle, refuse en 1979 la destruction de l'outillage de l'El Primero et le cache; grâce à sa désobéissance, Rolex peut utiliser ce mouvement dans la Daytona automatique à partir de 1988.

Jusqu'en 1969, tous les chronographes-bracelets se remontaient à la main. Faire tenir un rotor et un mécanisme de chronographe dans un boîtier portable était un problème d'encombrement que personne n'avait résolu.
Trois équipes y sont arrivées la même année, sans le savoir.
Zenith — El Primero
10 janvier 1969. Zenith présente le calibre 3019 PHC, baptisé El Primero. C'est un mouvement intégré : le chronographe n'est pas un module rapporté, il est conçu avec le mouvement, autour d'une roue à colonnes.
Sa fréquence est de 36 000 alternances par heure — 5 Hz — quand la norme est à 21 600. Il mesure le dixième de seconde.
Le consortium — Calibre 11
3 mars 1969. Heuer, Breitling, Büren et Dubois Dépraz annoncent le Chronomatic, calibre 11. L'approche est inverse : un mouvement automatique à micro-rotor (Büren) sur lequel se greffe un module chronographe (Dubois Dépraz).
Conséquence visible : la couronne passe à gauche. Ce détail fera l'identité de la Heuer Monaco.
Seiko — 6139
Seiko commercialise au Japon, dès le printemps 1969, le calibre 6139 : automatique, roue à colonnes, embrayage vertical. Longtemps ignoré du récit occidental, il a l'avantage décisif d'être effectivement en vente quand les autres sont encore en phase d'annonce.
Alors, qui ?
Cela dépend du critère retenu :
- Première annonce publique : Zenith, en janvier
- Première conférence de presse coordonnée : le consortium, en mars
- Première disponibilité réelle en boutique : très probablement Seiko
La question n'a pas de réponse unique, et c'est très bien ainsi.
L'épilogue qui vaut le détour
Le plus beau de cette histoire arrive dix ans plus tard. Sous la pression du quartz, la direction de Zenith ordonne la destruction de l'outillage de l'El Primero — plans, cames, machines.
Charles Vermot, chef d'atelier au Locle, refuse. Il démonte, emballe et cache l'outillage dans les combles de la manufacture. Il note tout.
Quand Zenith relance le mouvement en 1984, tout est là. Sans lui, l'El Primero n'existerait plus — et Rolex, qui l'utilisera dans la Daytona automatique à partir de 1988, aurait dû chercher ailleurs.
Un homme a désobéi, et un mouvement légendaire a survécu.





